
Quand l’hiver s’installe et que les températures chutent (en dessous de 10 degrés), les abeilles disparaissent du paysage. Pourtant, la ruche est loin d’être inactive. En janvier, les abeilles traversent l’une des périodes les plus délicates de l’année.
Apiculteur à Acq, dans le Pas-de-Calais, je vous explique ce que font réellement les abeilles au cœur de l’hiver.
Les abeilles ne dorment pas en hiver
Contrairement à une idée reçue, les abeilles n’hibernent pas.
Dès que la température extérieure descend sous les 10 °C, elles restent à l’intérieur de la ruche, mais elles restent bien vivantes et actives.
Leur objectif principal en hiver est simple : survivre jusqu’au printemps.
La grappe hivernale : une organisation vitale

En janvier, les abeilles se regroupent en ce que l’on appelle une grappe hivernale.
- Les abeilles se serrent les unes contre les autres
- Celles situées à l’extérieur de la grappe protègent celles du centre
- Elles alternent régulièrement leur position pour éviter l’épuisement
Mais comment font elles de la chaleur ? Je rappelle que l’abeille est insecte, à corps froid.
🔥 Le mécanisme est simple :
- Les abeilles contractent rapidement leurs muscles de vol
- Les ailes restent immobiles
- Cette activité musculaire transforme l’énergie en chaleur
- C’est exactement le même principe que :quand on grelotte pour se réchauffer
➡️ On parle de thermogenèse musculaire.
Grâce à ce système, la température au cœur de la grappe peut atteindre 20 à 30 °C, même lorsque le froid est intense à l’extérieur. La reine est au milieu, protégée par la grappe.
Le rôle essentiel des réserves de miel
En hiver, les abeilles ne sortent presque jamais.
Elles vivent exclusivement grâce aux réserves de miel accumulées durant la belle saison. La grappe se déplace doucement au fil des semaines sur les cadres pour prélever le miel.
Le miel leur sert de carburant :
- pour produire de la chaleur
- pour maintenir la grappe vivante
- pour nourrir la reine
👉 C’est pour cela qu’une bonne gestion des réserves est essentielle en apiculture. Lors de la récolte du miel d’été, je ne récolte que sur les ruches les plus fortes, et qui ont accumulé beaucoup de réserve. En effet, il est important que les ruches Warré ont au moins 10 kg de miel en réserve pour passer l’hivers. Une ruche sans réserve, c’est la mort assuré durant l’hivers.
Et la reine, que fait-elle en janvier ?

La reine est bien présente au centre de la grappe.
En plein cœur de l’hiver, sa ponte est fortement ralentie, voire totalement stoppée selon les conditions climatiques.
Elle est constamment entourée et protégée par les ouvrières, car la survie de la colonie dépend directement d’elle. Si cette dernière vient à mourrir en cette période, la ruche est condamnée.
Lorsque les jours commencent doucement à rallonger à partir de janvier, la reine reprendra progressivement la ponte… annonçant la fin de l’hiver.
Le rôle de l’apiculteur en janvier
En janvier, l’apiculteur n’ouvre pas les ruches.
Toute intervention inutile pourrait refroidir la colonie et la mettre en danger.
Le travail autour des ruches, c’est l’observation et la surveillance :
- par observation extérieure, notamment le plancher : Y’a-t-il de nombreuses abeilles mortes sur le plancher ? Peut-être un signe de maladie.
- Par écoute de l’activité de la ruche en collant l’oreille sur les côtés. Si vous avez une caméra thermique, c’est également efficace. Une ruche silencieuse peut être un mauvais signe. En France, la mortalité des essaims d’abeilles à la sortie d’hivers est autour de 20% en moyenne.
- par contrôle du poids des ruches via des demi-pesés. Si le poids estimé des réserves de la ruche atteint les 2kg c’est critique. Attention, pas de geste brusque pour ne pas casser la grappe.
- par la préparation de la saison à venir : nettoyage, désinfection, commande de pots pour le miel, pollen…
C’est aussi une période où l’apiculteur travaille à l’atelier, notamment pour la fabrication de bougies en cire d’abeille, à partir de la cire récoltée sur les ruches.
Un équilibre fragile, mais parfaitement maîtrisé
L’hiver est une période critique pour les abeilles, mais aussi une démonstration impressionnante de leur organisation et de leur capacité d’adaptation.
Lorsque le printemps arrivera, la ruche reprendra vie progressivement, marquant le début d’un nouveau cycle apicole.
Conclusion
Même en plein mois de janvier, la ruche reste un lieu de vie intense, où chaque abeille joue un rôle essentiel.
Comprendre cette période permet de mieux apprécier le travail des abeilles… et celui de l’apiculteur.

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